Qui est Mikhailo Volynets ? Quelle conception de la solidarité internationaliste ?
A juste raison, nous sommes interpelés sur la menace que représente l’extrême droite en France et dans le monde, et dans le même temps, certains prônent le choix d'une coopération étroite avec la Confédération syndicale ukrainienne, la KVPU de Mykhailo Volynets. Cela ne semble pas très cohérent.
Qui sont la KVPU et Mykhailo Volynets ?
Il serait un sinistre individu, néo-nazi déclaré avec lequel il serait très difficile d'avoir des relations solidaires si on se réfère aux valeurs et principes du syndicalisme de classe. La KVPU et M. Volynets sont ouvertement associés au parti néofasciste ukrainien SVOBODA et au bataillon nazi AZOV. Pourtant des convois dits "convois syndicaux pour l'Ukraine" ont été organisés par les confédérations syndicales françaises qui ont abouti à ravitailler les soldats et miliciens nationalistes ukrainiens, armés par l’OTAN. C’est-à-dire ceux là mêmes qui avec la milice nazie « Secteur droit » (Private Sector) avaient incendié la Maison des Syndicats à Odessa et massacré plusieurs dizaines de militants syndicalistes.
La KVPU est la Confédération des syndicats libres d’Ukraine. Elle est partenaire du « Solidarity Center » de l’AFL CIO*. Ce dernier est un organe important au sein de l’AFL-CIO et de « l’American Institute for free Labour Development »(AIFLD).
En 2004 Mikhailo Volynets a reçu le prix « Georges Meany/Lane Kirkland »** pour les droits humains de l’AFL-CIO entre autre pour son rôle dans la « révolution orange » de novembre 2004 soutenu par le gouvernement américain et plusieurs milliardaires ukrainiens.
Mikhailo Volynets est aussi président du syndicat indépendant des mineurs affilié à la KVPU. Il est très proche du dirigeant du bataillon AZOV Ihor Kniazhansky alias « Dushman » que Volynets aime à utiliser dans les négociations avec les ministères pour obtenir des concessions. Volynets est député du parti Bathkishchyna (Union panukrainienne Patrie).
Ukraine : un régime de plus en plus autoritaire et corrompu !
Le syndicat des mineurs et le bataillon AZOV se sont associés lors d’une manifestation en 2016. Pour négocier avec le ministre de l’énergie au nom de la KVPU, Volynets et Kniazhansky étaient les deux délégués. Depuis cette collaboration étroite se poursuit. C'est pourquoi il fut surprenant de voir le 16 avril 2024, au meeting ayant lieu à la CGT de Montreuil, la présence de Mikhailo Volynets aux côtés de « l’intersyndicale » et de la CES.
D'autant que depuis 8 ans, l'on constate un régime de plus en plus autoritaire, les partis de gauche sont interdits et les syndicats réprimés. La présence de bataillons paramilitaires d’extrême-droite comptant des milliers de combattants est désormais connu de tous et toutes. Aucun démocrate ne peut fermer les yeux. Nous ne pouvons pas d'un côté appeler à lutter contre l’extrême droite en France et de l’autre soutenir un pouvoir à Kiev gangréné par des milices néo-nazis d'autant que les nationalistes ukrainiens sont parmi les plus antisémites, racistes, homophobes et anticommunistes !
Dans ces conditions, il peut s'avérer très difficile de relancer le débat et l’action sur la paix et le désarmement y compris nucléaire. Un tel engagement conduit à intervenir publiquement pour dénoncer et combattre le choix de Macron de mutualiser la force nucléaire française avec d’autres pays européens au détriment de notre souveraineté.
Agir pour la paix et contre la guerre !
Les syndicalistes tout comme les politiques doivent être très attentifs à une situation internationale marquée par des changements considérables et où les conflits en cours ont des conséquences directes et fortes sur leurs conditions de vie et de travail, sur leurs familles. Les tensions, les crises, les risques de guerre y compris à une échelle mondiale ne peuvent être sous estimées. Chaque jour nous assistons à des rebondissements qui pourraient annoncer le pire. Il faut donc soutenir et encourager les forces de paix et tous ceux qui agissent contre la guerre.
Pour ce faire, on ne saurait subir. La meilleure solidarité internationale est celle qui repose d’abord sur l’action dans l’entreprise, là ou se noue les contradictions entre le capital et le travail et donc la lutte des classes. Voilà pourquoi et comme le disait Benoit Frachon « avant de faire le tour du monde il faut faire le tour de l’atelier »***
Les syndicalistes sont des internationalistes, parce qu’ils ne sauraient concevoir le sens de leur combat indépendamment de celui d’autres travailleurs du monde. Cela doit se faire dans le respect des positions de chaque organisation.
Concrètement cela veut dire débattre sans nier les différences d'approche, les désaccords et aussi sans concessions, à commencer à l’intérieur de chaque organisation. Nul ne saurait prétendre qu’il a seul la connaissance de la réalité et prétendre détenir la "vérité" lui permettant de résoudre les problèmes les plus complexes. Dans ce combat on ne saurait écarter aucune forces, toutes sont nécessaires. Là doit être notre ambition !
Sources : un article de Jean Pierre Page publié dans le grand soir
Notes :
*-Le Solidarity Center de l’AFL-CIO reçoit ses financements du Département d’état et de donateurs privés. Il joue un rôle important au sein du National Endowment for Democracy (NED) aux côtés des partis démocrates et républicains dans le financement des révolutions de couleurs et les changements de régime. Ronald Reagan avait créé le NED pour selon ses dires que cette institution puisse faire ce que la CIA ne pouvait pas.
**-Le prix porte le nom des anciens présidents de l’AFL-CIO, Lane Kirkland et George Meany, qui étaient connus comme des anticommunistes enragés. Lane Kirkland a joué un rôle très important dans la naissance de Solidarnosc. Voir le vivre de B. Drweski « Une solidarité qui a couté cher ! Histoire populaire de Solidarnosc », Delga, 2019.
***-Benoit Frachon (1893-1975), secrétaire général de la CGT de 1945 à 1967 puis Président de la CGT jusqu’en 1975.
/image%2F7976795%2F20221101%2Fob_3004f0_logo.jpg)