Publié le 12 avril 2023 par Les communistes de Pierre Bénite
Le gouvernement profite de l'attention aigüe sur les retraites pour accélérer ses opérations de casse de l'hôpital public. L'utilisation du 49-3 a imposé un budget hospitalier qui ne couvre pas l'inflation, ce qui mathématiquement va entraîner des plans d'économies avec des fermetures de lits et des suppressions de postes.
À cela s'ajoute, le refus de supprimer Parcoursup pour l'entrée dans les écoles professionnelles des métiers de la santé, qui est à l'origine d'un taux d'abandon et d'échec qui atteint notamment 25 % pour la formation infirmière. Les difficultés d'embauche s'aggravent avec un abandon du métier, en particulier chez les aides-soignants-e-s et les infirmier-e-s du fait de conditions de travail qui font perdre tout sens à ce dernier et de niveaux de rémunération très en-dessous de ce qui est attendu du fait de l'utilité sociale de ces métiers.
Cerise sur le gâteau, la réforme des retraites qui nie la pénibilité de ces professions. La situation la plus scandaleuse est celle des infirmier-e-s qui après avoir perdu la bonification de 5 ans lors du passage de Bachelot au ministère de la Santé, seront obligé-e-s de travailler 9 ans de plus qu'il y a 20 ans.
Comment accepter cela alors que près de 40 % des aides-soignant-e-s et environ 20 % des infirmier-e-s partent à la retraite avec un taux d'invalidité plus ou moins important.
Deux nouvelles attaques ont été initiées ces dernières semaines. Tout d'abord, le rapport préconisant la fermeture de 100 maternités, rédigé par un professeur parisien, champion de l'activité privée à l'hôpital public, qui facture l'accouchement à 2.000 euros en dépassement d'honoraires. Comment accepter l'argument de la sécurité quand cela se traduira par le fait que plus d'un tiers des femmes en âge d'accoucher se retrouveront à plus de 45 minutes de route d'une maternité. Ensuite vient l'application brutale des mesures concernant l'intérim à l'hôpital, sans aucune mesure d'accompagnement, qui va se traduire selon les directeurs d'hôpitaux par la fermeture de centaines de services.
Ces exemples sont la preuve que le gouvernement mène une stratégie très bien construite pour fermer environ 150 hôpitaux sur l'ensemble du territoire. La perversité est inscrite dans la loi Buzyn qui dénomme ces établissements "hôpitaux de proximité" qui ne seront en fait plus que des structures pour personnes âgées sans maternité, ni chirurgie, ni service d'urgence. Dans le même temps, les ARS facilitent la réorganisation du secteur privé lucratif en leur octroyant des autorisations d'activité sans aucune contrainte de service public et qui subventionne largement ses opérations de restructuration.
De nombreuses mobilisations ont eu lieu mais elles restent locales et non coordonnées. Il est urgent que cette question devienne une priorité politique nationale afin de pouvoir s'y opposer comme sur le dossier des retraites. Il y a urgence avant qu'il ne soit trop tard.
Pendant la crise les affaires continuent !
Les affaires continuent dans le domaine de la santé avec une accélération de la marchandisation du secteur. Quelques exemples sont éclairants.
Citons d’abord le domaine du médicament avec le chantage des laboratoires concernant les anciens et très bons médicaments qui sont mis sciemment en rupture pour exiger une augmentation des tarifs. Et bien le gouvernement a cédé et a accepté une révision des prix de vente des génériques. Dans le même temps, les laboratoires qui ont très largement augmenté leurs bénéfices pendant la crise COVID se lancent dans des opérations financières de rachats de start-up dans des domaines très ciblés à haute rentabilité en délaissant de nombreuses priorités en termes de santé publique.
Le meilleur exemple est la firme Pfizer dont le chiffre d’affaires a doublé entre 2019 et 2022, passant de 50 à 100 milliards de dollars, du fait d’un prix de vente de son vaccin très au-dessus des coûts de mise au point et de fabrication.
Ainsi, elle se permet de racheter pour 43 milliards de dollars une petite entreprise prometteuse au niveau de nouveaux médicaments anticancéreux. Si le cancer est bien un domaine où de nouveaux traitements sont attendus, nous avons observé ces dernières années des dérives avec la mise sur le marché et la prescription de médicaments aux bénéfices très incertains, mais surtout très coûteux, (souvent plusieurs milliers d’euros la dose). En fait le prix du médicament n’a rien à voir avec son coût mais est lié au prix de rachat des brevets comme dans le cas cité plus haut.
Un autre scandale est le fait que les avancées sur les vaccins devraient être utilisées pour développer par exemple un vaccin contre le paludisme qui tue plus de 600 000 personnes chaque année dans le monde, notamment des enfants. Mais ce type de produit n’intéresse pas l’industrie pharmaceutique car le marché centré sur des pays pauvres n’est pas rentable. Un autre exemple de la gangrène de notre système est la nomination de Claude Evin comme médiateur chez ORPEA.
Il est bon de rappeler quelques éléments du parcours de ce monsieur, ancien ministre socialiste de la santé puis nommé directeur général de l’ARS d’Île-de-France par Nicolas Sarkozy. Mais le pire est qu’il est celui qui a ouvert le marché des maisons de retraite qui a permis notamment la création d’ORPEA par un médecin qui est devenu depuis une des premières fortunes de France. Donc les affaires continuent avec toujours les mêmes profiteurs, grâce à E. Macron qui vient de sauver les actionnaires d’ORPEA en y injectant des fonds publics par le biais de la Caisse des dépôts. Bien sûr tout cela est légal mais est immoral.
C’est pourquoi face à un pouvoir politique qui bafoue la démocratie, la révolte est légitime en utilisant tous les moyens qui permettent d’instaurer un rapport de force à même de le faire reculer. Et pas que sur la réforme des retraites.
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